Photos, livres, aventures.

La cour des miracles



À Paris, c'est encore aux puces de Saint-Ouen que se trouve la cour des miracles.
Discret clin d'oeil aux Jardins statuaires de Jacques Abeille et aux jardins anarchiques chers à Bruno Montpied (voir à ce propos son très beau livre, Les Jardins anarchiques, aux éditions L'Insomniaque).






























Sempre Susan

De retour de voyage, le sac bourré de livres jusqu'à la gueule, on se trouve confronté à l'éternel dilemme du lecteur voyageur : reprendre la pile des livres à lire là où on l'avait laissée, en espérant un jour la faire baisser suffisamment pour à nouveau voir le jour par la fenêtre, ou bien entamer tout de suite le lot de ceux fraîchement débarqués que l'on n'a pas encore réussi à caser dans la bibliothèque.
Comme je n'arrivais pas à choisir, j'ai fini par piocher dans une catégorie plus mince, celle des livres arrivés pendant mon absence, une petite plaquette à glisser entre deux lectures. 


Sempre Susan, souvenir sur Sontag, est un texte qui était resté inédit en français et qui vient de paraître directement en poche dans la très nouvelle et très excitante collection "Pulse", chez 13e Note éditions.
Sigrid Nunez a été la compagne de David Rieff - le fils de Susan Sontag - dans les années 70, alors que le jeune homme vivait encore avec sa mère. Elle témoigne de l'expérience de cette intimité partagée avec cette icône de l'intellingentsia new-yorkaise, dans un récit qui réussit à rester sur le fil, ému et reconnaissant envers l'intellectuelle d'une part, sans concession pour la diva d'autre part.


Non seulement cette petite diversion m'aura permis de me prélasser dans un parc en ayant l'air intelligent, mais en plus j'ai trouvé la solution à mon problème. Désormais, j'alternerai entre un livre pris dans la pile en attente, et un autre pris dans le sac de voyage.







«  - On a toujours intérêt à commencer par transgresser les règles. Pour Susan, arriver en retard était une règle [...] Lorsque les gens se plaignaient d'avoir toujours à l'attendre, elle refusait de s'excuser.
   - Tant pis s'ils ne sont pas assez futés pour emporter quelque chose à lire... »







Et hop! La présentation faite par l'éditrice, puisqu'elle est bien faite.


"Printemps 1976, 340 Riverside Drive, New York. Sigrid Nunez, recommandée par la NewYork Review, se rend au domicile de Susan Sontag pour l’aider à traiter la pile monumentale de courrier entassée sur son bureau durant son hospitalisation. Sontag a 43 ans, elle vient de subir une ablation du sein, elle est convalescente. Sigrid découvre un vaste penthouse lumineux, aux murs blancs et nus. Peu de meubles, un chien, et une pièce stratégique, la chambre de Susan qui est aussi son bureau, où trône une énorme IBM Selectric. Susan dicte, Sigrid tape. S’ébauche ainsi une relation forte entre la jeune diplômée de Columbia University, apprenti écrivain de 25 ans, et l’une des plus remarquables intellectuelles de son temps. Sigrid, amoureuse de David Rieff (fils de Susan Sontag), élira domicile au 340 Riverside Drive. Le trio fera autant jaser les commentateurs que se réjouir la dissidente et si peu conventionnelle Sontag. Nunez se souvient. Elle décrit cette période particulière de leur courte vie commune au quotidien, et la personnalité de celle qui fut pour elle à la fois muse, monstre et mentor. Sontag fumait beaucoup, écrivait sans cesse, voyageait tout le temps, détestait les écrivains-enseignants, la solitude, la sottise, la servilité. Féministe radicale, elle ne portait pas de sac, abhorrait les jupes, le maquillage, la chirurgie plastique, les tiédeurs et minauderies du sentiment amoureux. Écrivain avant tout, elle était acharnée au travail, pure dans ses ambitions, soucieuse de partager son savoir et d’attiser les curiosités. À la fin de son livre, Sigrid Nunez nous a fait partager sa conviction que la radicalité de Sontag a soufflé sur notre culture. Au cimetière du Montparnasse, on lit sur une plaque sombre son nom et deux dates : « 1933-2004 ». 71 années d’une vie remplie d’écrits et de convictions qui appartiennent à notre histoire. Sempre Susan – Sontag forever."












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Sempre Susan, souvenirs sur Sontag, de Sigrid Nunez, 13e Note éditions, coll. "Pulse", 112 p.

Tribulations d'un précaire







Iain Levison est écossais et vit aux États-Unis. Du coup, il s'est endetté de 40 000$ pour obtenir un diplôme en littérature qui ne lui offre aucun débouché. Le voici donc contraint de faire tous les métiers pour rembourser sa dette et/ou survivre. Au choix : plongeur, déménageur, installateur de câble, pêcheur de crabes en Alaska, etc. Une bonne dose d'humour noir nécessaire pour rire du quotidien de cet universitaire obligé de se transformer en travailleur précaire itinérant.



Tribulations d'un précaire, de Iain Levison, éditions Liana Lévi, coll. "Piccolo", 2009.

Petit roman lumpen









Ce Petit roman lumpen que nous offre les éditions Chritian Bourgois porte très bien son nom puisqu'il y est question d'orphelins, de délinquants et de combines pour se sortir de la misère, le tout condensé en 95 pages. Ce livre permettra donc à ceux qui ne connaissent pas encore Bolano de se faire une idée de son style et de son talent sans se lancer tout de suite dans les romans marathon que sont 2666 et Les détectives sauvages. Les amateurs plus aguérris quant à eux seront satisfaits de prolonger "l'expérience" Bolano.






Christian Bourgois, 2012.











L'Oie spéciale

Lmercredi 30 mai, à partir de 18h, L'Oie de Cravan vous invite à venir célébrer la parution de ses nouveautés printanières à la chic librairie le Port de tête, en présence de Thierry Horguelin, qui signera pour l'occasion tout ce que vous voudrez, mais aussi son nouveau livre, Choses vues, ainsi que la réédition en poche de son titre précédent, La Nuit sans fin.






Plusieurs autres nouveautés seront présentées, parmi lesquelles :

Shasslamitt, un recueil de nouvelles de Bérengère Cournut;
Résolutions, recueil d'aphorismes de Laurent Albarracin;
Passage public, déambulations et reflexions de Joël Gayraud;
Monsieur T, de Katerina Iliopoulou.





262 avenue Mont-Ryal Est
à Montréal, près de Laval
514-678-9566








La voix de son maître

Les éditions La Presse, associées au journal québécois du même nom, publient aujourd'hui essentiellement des livres de recettes pour le barbecue, mais ce ne fut pas toujours le cas, comme en témoignent ces deux livres publiés dans les années 70, et sur lesquels je viens de tomber.







Comme quoi, La Presse n'a pas toujours été le journal officiel du Parti Libéral.




"Je crois que nous devrions être hommes d'abord et sujets ensuite. Il n'est pas souhaitable de cultiver le même respect pour la loi et pour le bien. On a dit assez justement qu'un groupement n'a pas de conscience, mais un groupement d'hommes consciencieux devient un groupement doué de conscience. La loi n'a jamais rendu les hommes un brin plus justes, et par l'effet du respect qu'ils lui témoignent, les gens les mieux intentionnés se font chaque jour les commis de l'injustice."





Henry David Thoreau, De la désobéissance civile.




Mayonnaise


Ça ressemble à du Brautigan, ça parle de Brautigan, ça goûte le Brautigan, mais ce n'est pas du Brautigan. C'est le Mayonnaise, et c'est très bon.




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Mayonnaise, Éric Plamondon, Montréal, éditions Le Quartanier, 2012.

Victoriaville, le 4 mai 2012


La police faisant barrage, empêchant les secouristes de rejoindre un manifestant blessé.

Montréal, le 6 mai 2012.









Surveiller et punir






Le SPVM (Service de Police de la Ville de Montréal) peut dire ce qu'il veut, mais on connaît désormais le véritable sens de son acronyme : Surveiller et Punir les Vilains Manifestants.







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Wakefield Press

Ainsi va le monde, on nous annonce chaque jour qu'il court à sa perte, qu'il est en crise, etc, et voilà qu'un américain de Cambridge (Massachusetts) a décidé de sauver l'âme de ses compatriotes et de se lancer dans la traduction et l'édition de textes admirables et hautement improbables.















Nous dansâmes de joie en découvrant The High life, traduction de La grande vie, de Jean-Pierre Martinet dans une très élégante plaquette, mais lorsque notre curiosité piquée nous entraîna sur le site de Wakefiel press, nous cédâmes bien vite au délire au vu des textes retenus par l'éditeur (Fourier, Schwob, Péret, Daumal...) et de la beauté des couvertures.

De quoi lire et se réjouir en attendant la fin du monde.




Classé sans suite



Décidément, Patrik Ourednik se moque toujours autant de l'histoire qu'il raconte, qu'il s'agisse de celle avec un "H", dans Europeana, ou des intrigues mineures qui forment la trame de son nouveau roman, Classé sans suite.
De toute évidence, l'intérêt se trouve ailleurs pour lui. 
Dans l'ironie (cinglante, forcément) de son écriture par exemple, avec laquelle il brosse une kyrielle de portraits de personnages qui viennent s'ajouter les uns aux autres à un rythme effréné, qu'ils aient ou non un rapport avec la maigre intrigue policière censée accrocher l'attention du lecteur (une histoire de viol et d'incendies criminels dans un quartier tranquille de Prague). Celui-ci doit plutôt jongler avec les divagations de l'auteur, quitte à en prendre pour son grade si l'idée lui vient de se rebiffer contre se récit décousu : 

 "Lecteur! Notre récit vous paraît dispersé? Vous avez l'impression que l'action stagne? 
Que dans le livre que vous tenez en main, il ne se passe au fond rien de très remarquable? Gardez espoir : soit l'auteur est un imbécile, soit c'est vous ; les chances sont égales."

Dans la précision de l'écriture (chirurgicale, bien sûr), l'habileté avec laquelle Ourednik passe d'un style à l'autre, du portrait psychologique au dialogue beckettien, et au delà de ça, dans la vision d'ensemble qu'il donne de la République Tchèque. À l'en croire, son pays ne serait peuplé que de vieillards acariâtres et de jeunes imbéciles au front bas. La sévérité avec laquelle il juge ses compatriotes n'est pas sans rappeler celle avec laquelle Thomas Bernhard ou Jelinek décrivent l'Autriche.



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- Classé sans suite, Paris, éditions Allia, 2012, 160 p., 15,95$/9,00 euros.

Par le trou de la serrure

























L'intérieur, vu de l'extérieur, d'un des pit stop du circuit Gilles Villeneuve, par le trou de la serrure donc. Les amateurs de formule 1, qui se pressent chaque jour par milliers sur ce blog, apprécieront.





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Face à la Ronde





























Pourquoi se presser? comme dirait l'autre.
Mais je ne me presse pas du tout! Tenez, la preuve, cette photo a été prise en septembre 2009 au cours d'une épique promenade à vélo avec mon frère, et la voici qui rejaillit.






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Occupy Bathyscaphe



Le Bathyscaphe est un outil merveilleux, mais que sa délicatesse ralentit et rend parfois difficile à manoeuvrer dans les eaux moins profondes d'une relative actualité. Voilà pourquoi nous avons cru nécessaire de le doter d'un complément plus immédiat : la Bathysphère

Photocopié à x exemplaires et offert gratuitement, il constitue notre outil d'exploration ad hoc dans le mouvement des jours. Cette première parution cherche à explorer les mouvements d'occupations, il sortira de nouveau quand la pression et les marées l'exigeront. 




Lisez l'intégralité de la Bathysphère immédiatement dans le confort de vos chaumières en cliquant sur l'image ci-dessus.
 Nous vous invitons à l'imprimer, à le photocopier et à le faire circuler.
 ©opy right. ©opiez correctement.








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L'insurrection qui passe

L'hôtel de ville de Paris, après l'incendie de la Commune en 1870.























Les Communards avaient foutu le feu, Mai 68 aussi, mais quelques tons en dessous, et les Indignés d'aujourd'hui prônent la non violence. Quelle leçon en tirer?
Peut-être une citation de Henri Calet, extraite de l'un de ses romans les plus noirs et les plus beaux, Le Mérinos


"Parfois, il advient que les citoyens se lassent de leur hôtel de ville et de ce qu'il y a dedans - cette odeur de vieux chauves et d'encre à tampon - ils se fâchent tout rouge, ils veulent se sauver de cette laideur de pierre, de cette merde municipale qui s'édifie des palais et qui perdure. On les voit partir vaillamment à l'assaut dans le dessein de raser le monument et de le reconstruire. Mais nul ne se propose alors qui peut mieux faire. Les anciens occupants reparaissent un à un aussi chauves."




Henri Calet,  Le Mérinos, éditions Le Dilettante, Paris.