Photos, livres, aventures.

À vendre, chapelle ambulante, 6 cylindres, 140 chevaux





















Le révérend Branford Clarke, faisant la tournée des brebis égarées sur Internet dans sa chapelle ambulante, ne semble pas apprécier les annonces que nous venons juste de faire paraître.





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source photo: Underwood and Underwood, National Geographic image collection

Plaisir corrélatif



Il
n'y a pas de quoi se vanter, mais je perds quand même un temps considérable sur Internet, où l'on trouve de tout, c'est bien connu, et souvent du pire. Comme par ailleurs j'ai toujours aimé lire les petites annonces dans les journaux, je prolonge de temps en temps ce plaisir sur mon ordinateur.
De l'appareil photo à la roue de secours pour chaise roulante, et du cadre de vélo rouillé au lot de 200 paires de chaussures identiques, on y croise vraiment de tout, et notamment beaucoup de solitudes.
En voici quelques unes parmi celles que que j'ai pu voir lors de ma dernière plongée dans ce monde fascinant. Je les reproduis telles quelles, fautes comprises.



Femme grosse ou très grosse recherchee
Femme ronde (avec surplus de poids) ou tres ronde (avec enorme poids) recherchee. Je vais vous faire trembler avec du plaisir. Je suis deja excite.
Je vous aime ma chère,

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Recherche femme en sainte pour sexe pret a payer
Envoye moi une photo.

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Salut!!!
Très beau noir de Montreal qui aimerait voir un couple de 20-45 ans en debat sexuel.


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1 Homme 38 ans recherche 1 femme pour plaisir corrélatif
Ce que je recherche est une femme Hors Norme (définition un peu plus bas dans l'annonce). Ma quête est le plaisir charnel sans attache (mais peut être occasionnel).
Ce que je ne veux pas:
1) échange de sous!
2) copulation
Ce que je veux
1)Tendresse mutuelle
2) Sensualité mutuelle
3) Respect mutuel
4) Plaisir mutuel

Selon moi, voici ma définition d'une femme hors norme: Très Très petite taille, très forte taille. Age. Très très petite, très très grande. (pour + de détails ou... précision, écrivez moi!..

J'ai aucun TABoo; aucune limite. Quelque soit ton style, ton ethnie; si nous nous plaisons communément... nous nous amuserons. Une fois sur une terrain "neutre", nous nous évaderons ensemble...

Naturellement, tout commence par l'échange de photo! Ensuite... le plaisir débute!

Mesdames, a vos claviers, je vous attends!






L'aerocar et le tourbillon

















Ci-dessus, une carte postale ancienne achetée il y a deux ans dans une librairie d'occasion.
Ci-dessous, une photo prise sur les lieux du crime cet été.
L'endroit, le gigantesque tourbillon situé en amont des chutes du Niagara, et cet invraisemblable téléphérique survolant les eaux tumultueuses pour aller rejoindre, en face, la rive américaine.
Un seul regret, que les vents trop violents ce jour-là aient empêché la cabine de circuler, et donc de reproduire l'image encore plus à l'identique.

























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Plaisir coupable et police anglaise





















Parmi les joies innombrables de la lecture, l'une de mes favorites est sans aucun doute la découverte dans un vieux livre - qu'il ait été trouvé d'occasion au fond d'une obscure librairie ou qu'on l'ait exhumé du grenier de ses grand-parents - d'un marque-page laissé par un lecteur ancien.
Tickets de métro, listes de courses, tickets de caisse (j'en ai trouvé un en Francs français récemment!), cartes postales, photo d'une ex, coupures de journaux, feuilles d'arbres, etc. Autant d'indices et de fenêtres ouvertes sur des inconnus et des pans de mémoire enfouis.
Je dois avouer que je prends moi-même un plaisir coupable à en farcir mes livres, tant par anticipation de mes délectations futures quand sera venu le temps de la sénilité, que pour laisser des traces de rien aux curieux à qui échoueront un jour ses volumes.

Quoi qu'il en soit, cette policière anglaise courant après de petits garçons nus sortis de la rivière est tout de même un des plus beaux spécimens qu'il m'ait été donné de voir à ce jour.





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NB: Au moment de poster cette note, il me revient tout d'un coup que l'excellent Thierry Horguelin vient de faire une note similaire sur Locus Solus, catégorie marque-page, option carte de bibliothèque.
Toute ressemblance est purement fortuite, signe que la sénilité est encore plus proche que je ne le craignais.



Carte postale


























Dernier soubresaut vacancier avec cette carte postale envoyée par l'un des fiers marins du Bathyscaphe.


Précisons pour être honnêtes que cette carte fait partie de la série "Le Monde de l'Univers", créée et publiée par la maison suisse Plonk et Replonk éditeurs.



Les corbeaux saliveurs





















 





"L'Écorcobaliseur a disparu. La dernière fois qu'on l'a vu, il se promenait dans le port de Menfrez avec, au bout du bras, la tête ensanglantée de son frère."

C'est ainsi que s'ouvre L'Écorcobaliseur, le premier roman au nom imprononçable de Bérengère Cournut, paru aux éditions Attila. On ne se risquera pas ici à résumer l'intrigue que laisse supposer les premières lignes. Il suffira de savoir que l'Écorcobaliseur a un frère, l'Anicétonque, et une soeur, l'Isandreline, que les trois étaient jusque là indissociables et complémentaires, et que cette union leur est indispensable pour faire face à l'absence d'un père, d'un vide, d'un manque originel.

On est ici à mille lieues marines des travers habituels d'un premier roman. Pas de récit de rupture amoureuse ni de passage initiatique d'un "je" nombriliste. Encore plus rare, pas de pose ni de cynisme, comme si l'auteur avait déjà accompli sa mue avant de se lancer dans l'écriture de ce roman. Mais alors?
Alors, quelque part entre la tragédie intemporelle, le roman symbolique et le voyage imaginaire dans une sorte de triangle des Bermudes de la fiction, Cournut réussit à nous entraîner à sa suite dans une course à la compréhension des faits, du vide, du monde et du manque.
L'Écorcobaliseur est un roman liquide. Il y a Menfrez, le port d'attache, et La-Mer, qui est une île sur laquelle des Bédouins ont échoué sans que l'on sache comment. Entre les deux la géographie est incertaine, on pourrait être à la pointe de la Bretagne, aux confins des îles grecques ou dans le labyrinthe du Jutland. Cela n'a pas d'importance, on dérive de toute façon plus qu'on ne navigue, et pour naviguer, on s'en remet à l'étrange capitaine Hermann et à Henric, le marin au long cours.
Il arrive aussi que l'on communique grâce à des bancs de poissons en migration. Les objets les plus inattendus, comme la guillotine alternative, y sont présentés le plus simplement du monde. L'air, l'eau et le sable sont les éléments constituant ce roman aux lointains accents de Henri Michaux (1).




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- L'Écorcobaliseur, de Bérengère Cournut, Paris, éditions Attila, 192 p., 16 euros.

(1) Nous ne sommes pas les seuls à le dire, le Matricule des anges aussi par exemple.




Des rayons dans les mains

J'ai vraiment besoin d'une bibliothèque supplémentaire. Celles que j'ai débordent de toutes parts, et des piles sauvages commencent à s'élever dans tous les coins à la vitesse d'une ville chinoise au galop.
Cet après-midi, je suis donc allé au magasin de meubles usagés qui se trouve tout près de chez nous, dans l'espoir d'en revenir avec suffisamment de rayons dans les mains et de bois sur le dos pour régler cette histoire de rangement.
Malheureusement, je n'ai rien trouvé d'intéressant. Du coup, avec l'argent que je n'avais pas dépensé, je suis allé m'acheter des livres d'occasion.










Paris, mon pote





















 








Les éditions Le Dilettante ont publié discrètement cet été Paris, mon pote, de Robert Giraud. Grand bien leur en a pris.
Tout limougeau qu'il est, Robert Giraud fut l'un des plus fins observateurs du Paris d'après-guerre, où il a débarqué encore jeune à sa sortie de prison.
Dans la lignée des piétons-piliers de bar-poètes-amoureux de leur ville, c'est logiquement que Giraud fut l'ami de l'autre Robert, Doisneau, mais encore de Jacques Prévert et de Jacques Yonnet, l'auteur de l'unique et inoubliable Rue des maléfices.
Si les amateurs considèrent Le Vin des rues comme son meilleur livre, Paris, mon pote n'en n'est pas moins intéressant.
Recueil d'articles parus dans diverses revues, qui sont autant de portraits touchants de ce Paris alors en train de disparaître, on y retrouve quelques uns des classiques de l'imaginaire parisien: les bals musettes et le flon-flon, les fortifs, les Gitans de Paris, la porte de Montmartre, le canal Saint-Martin, le tout sous l'œil vigilant des concierges et des hirondelles en vélo.

Extrait:
"Les pianos mécaniques, ceux qui les ont pratiqués en conservent une nostalgie semblable à celle que ranime un parfum reniflé par hasard sur un mouchoir abandonné à la suite d'une nuit d'amour inespérée, les pianos mécaniques, donc, ont fait leur temps. Par la magie d'une pièce de deux sous en bronze, la vraie, d'avant-guerre, la grande, ils rythmaient les heures, les unes après les autres, des réunions intimes tenues dans les estaminets des bordels de province. C'était indispensable."

On se délectera en passant de la préface d'Olivier Bailly, qui prépare aux éditions Stock une biographie de Robert Giraud sous le titre Monsieur Giraud, vous ne serez jamais un garçon sérieux.




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- de Robert Giraud : Paris, mon pote, Paris, éditions Le Dilettante, 2008, 157 p., 17 euros / 34,95$ Can.
- de Jacques Yonnet : La Rue des maléfices, Paris, éditions Phébus, coll. "Libretto", 10,50 euros / 20,95 $ Can.





Héraldication





















Les Quinzaines héraldiques, de Marcel Jean, dans l'Almanach surréaliste du demi-siècle.






























Éditions du Sagittaire, 1950.

La NEF des fous

En guise de rentrée littéraire, j'ai eu la chance, récemment, de manipuler de mes doigts émerveillés un exemplaire d'un objet inattendu et assez rare: l'Almanach surréaliste du demi-siècle, paru comme le nom l'indique en 1950 aux éditions du Sagittaire.















































Sous la forme d'un livre, il s'agit d'un numéro spécial (volume triple) de la N.E.F. (Nouvelle Équipe Française).
Pour se faire une idée du caractère exceptionnel d'un tel numéro, dirigé par André Breton, il suffit de se reporter à la liste des collaborateurs :
- André Breton, Benjamin Péret, Arthur Cravan, Antonin Artaud, Octavio Paz, Robert Lebel, Henri Pastoureau, Julien Gracq, Jean-Pierre Duprey, André-Pieyre de Mandiargues, Malcom de Chazal, Jean Schuster, etc.


Les illustrateurs ne sont pas en reste, avec Toyen, Marcel Duchamp, Dorothea Tanning, Benjamin Péret, Slavko Kopac, Giorgio de Chirico, Marcel Jean, Jacques Herold, Maurice Henry, Max Ernst, Enrico Donati, Adrien Dax, André Breton, Dali, etc.


On y trouve, entre autres, un Calendrier tour du monde des inventions tolérables, par Breton et Péret.
Une lettre inédite du marquis de Sade à sa femme.
Un hommage à Maurice Heine, et un autre à Félix Fénéon.
Des notes sur les fourchettes, de Jehan Mayoux.
Des quinzaines héraldiques, par Marcel Jean.
Une étude inachevée sur Restif de la Bretonne (Restif érotographe).
Et de la publicité, parce que déjà et toujours il fallait bien payer l'imprimeur : la librairie la Hune, le dernier Robert Aron (Les Frontaliers de néant), Le troisième homme de Graham Greene chez Robert Laffont, Albin Michel, mais aussi le cognac Exshaw, "qui s'impose par sa qualité", et les Bons du Trésor et de la Reconstruction.















El Nino

























Le 13 août 1998, Nino Ferrer quittait sa maison et gagnait un champ de blé, un fusil à la main.
- C'est triste, disent les uns.

- C'est la vie, disent les autres.

- Ben non Ducon, c'est la mort.
- Oh! Hé! Hein! Bon!






Fries & poutine

























En attendant la suite des aventures cyclistes, voici une photo prise à Ottawa il y a quelques semaines, et que je trouve assez représentative de la question du français au Canada.







Et vogue le navire

La rumeur, annonçant la réédition des livres de Martinet








On commence à le savoir, les livres de Jean-Pierre Martinet me chavirent et me chamboulent et me retournent la tête et les estomacs. Mais jusque là, parler de ses livres revenait un peu à exciter la curiosité d'une faible audience de privilégiés puisque la plupart d'entre eux étaient épuisés.

Tadam!
Or, non seulement les éditions Finitude vont republier en octobre Jérôme, son chef-d'œuvre disparu, mais voilà que le Dilettante se prépare à remettre sous presse Ceux qui n'en mènent pas large, paru initialement chez eux en 1986, et que La Table ronde fait entrer le merveilleux À l'ombre des forêts, dans la Petite vermillon, son éclectique collection de poche.
C'est donc une nouvelle (dernière?) chance que les nombreux éditeurs de Martinet nous offre de découvrir ce talent maudit.
Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas, ni que vous ne pouviez pas. De mon côté, je vais enfin pouvoir vendre en librairie des livres que j'aime puisque ces deux éditeurs là sont distribués au Québec, contrairement à Finitude et l'Arbre vengeur (1).
C'est un grand jour blanc à marquer d'un nuage dans le ciel de ce faux été.






(1) En 2010, L'Arbre vengeur est maintenant distribué normalement au Québec, et les éditions Finitude sont disponibles à Montréal à la librairie Le Port de tête.

Voyage dans les Cantons de l'Est avec un bicycle (4)


Jour 4


(vendredi 11 juillet)



La nuit dans le rang des lièvres s'est bien passée. Pas de pluie ni de charpente effondrée. Au matin, je prends le temps de déjeuner tranquillement tout en questionnant la charmante patronne des lieux sur l'état des routes et des sentiers de la région.
Cette fois, il va falloir que je me frotte à ces montagnes que je voyais grandir depuis plusieurs jours. L'objectif de la journée est double: rejoindre le parc national du mont Orford, et tâcher de passer une première journée sans embûche. Je ne suis pas loin du mont Orford, un peu moins de 40 km, mais comme la grimpette est au rendez-vous, je décide de faire deux étapes, une première sur une route secondaire appelée "chemin des diligences", jusqu'à Eastman, au pied du mont, puis une deuxième par la piste à flanc de colline dans les bois.






























 Beau soleil, belle route, belles côtes. Pour la première fois, j'utilise les huit vitesses sur chacun des trois plateaux du vélo. Beaux mollets en perspective. À belle côte, belle descente, et après avoir soufflé un peu dans le charmant cimetière de Silver Valley, j'atteins la vitesse folle de 57 km/h, conscient de frôler la limite de l'équilibre en raison des sacoches.


À Eastman, je cigarette et je café régulier. Pendant ce temps là, à la table d'à côté, un homme ment sans vergogne, annonçant au téléphone qu'il est désolé, mais qu'il ne pourra pas venir avant mardi parce qu'il est présentement à Montréal pour affaires.
Je m'éclipse, car je veux arriver tôt au lac Stukely dont on m'a vanté la beauté. J'aimerais y passer deux jours, m'y baigner peut-être, faire du canoë, marcher, lire.
Mais encore faudrait-il arriver. La piste se fait cruelle, et l'ascension devient lourde et lente. Comme je croise une route, je regarde la carte un peu vite et décide qu'elle me mènera tout droit au camping du parc. De fait, voici bien une entrée.
Face à l'adolescente en bonne voie d'obésité qui végète à l'entrée, je m'insurge du prix exorbitant qu'elle réclame : 38 $ par nuit pour une tente, c'est trois fois ce que j'ai payé la veille, et environ 30% de plus que la moyenne.
Mais je pense au lac, m'acquitte de la coquette somme et me hâte de monter la tente. Comparé au parc national de l'Algonquin, où j'étais récemment, l'endroit me semble bien peu respectueux des conventions du genre, mais bon, je suis pressé d'aller plonger mon corps d'éphèbe dans l'eau glacée et de compléter mon bronzage zébré.
Ne trouvant pas la foutue plage, je reviens voir la lourde et lente adolescente pour lui demander où diable est donc caché le lac. Faut-il payer un supplément?
Rire glucide.




























 L'opulente jeune fille rit donc, et m'explique que je me suis trompé, que je ne suis pas encore dans le parc, que celui-ci est à environ vingt minutes en reprenant la piste que je n'aurais jamais dû quitter.
Grand moment de solitude; je cherche une issue de secours.
Heureusement, la charmante et gracile demoiselle a l'amabilité de me rembourser. Furieux contre moi-même, je remballe ma tente et mon orgueil à la vitesse de la lumière, et je reprends ma route avec un sourire crispé en passant devant la guérite de Blanche-Neige.


La piste est une salope. Inutile d'espérer pédaler dans le coin, je dois mettre pied à terre pour ménager ma monture. Conrad et Kipling n'avaient rien vu, cette fois c'est la jungle. Escaladant d'un côté, plongeant de l'autre. Mes freins n'en peuvent plus et hurlent de douleur, faisant fuir tout ce que ce coin désert aurait pu m'offrir de rencontres animales.


Au bout d'une éternité et quart, j'arrive dans une clairière, où un avant-poste du gouvernement et deux gardes en uniforme m'apprennent que cette fois, je suis bien à l'entrée du parc. Tout en précisant que le camping est complet pour les trois prochains jours.


- Même pour une petite tente?
Le plus jeune va faire un appel radio pour se renseigner.
- Alpha-Zoulou à Papy-Tango, on a un vélo qui sort du bois et qui voudrait dormir ici. Qu'est-ce qu'on fait?. Bien reçu Papy-Tango. Over.
Se retournant vers moi:
- Même pour une petite tente.


C'est fou ce qu'on apprend en voyage: qu'il faut réserver pour dormir dans les bois, ou comment ne pas fondre en larmes à la première contrariété. À la cinquième non plus d'ailleurs.
L'air visiblement désolés, les deux employés du parc offrent très gentiment de m'aider à trouver un autre camping. Par exemple, celui de l'autre côté de la colline, d'où je viens. Mais on a sa fierté, et pas assez de force dans les jambes pour reprendre ce chemin. La seule autre option semble se trouver un peu après Magog, à une vingtaine de kilomètres d'ici par la route.
Adieu donc la solitude et le repos espérés dans cette belle nature, je dois repartir sans attendre si je ne veux pas dormir sur le bord de la route, car avec tout ces contretemps il déjà plus de cinq heures.
Je traverse en deux heures ce parc où je comptais rester deux jours, j'aperçois un bout de lac et rattrape la vraie route. Vive les cadences infernales! Je fonce, car maintenant j'ai peur que tous les campings de la région ne soient complets pour le week-end. Magog, le bord du lac Memphrémagog, que je m'étais juré de voir à cause de ce nom que je trouve si beau, défilent de chaque côté de mes œillères, sans que je puisse en profiter.
Essoufflé, déçu, mais soulagé, j'arrive vers sept heures trente au redoutable camping d'Omerville, dont il faudra reparler.






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65 km, 22 km/h de moyenne, 282 km depuis le départ.





Voyage dans les Cantons de l'Est avec un bicycle

Jour 3


(jeudi 10 juillet)






De la journée d'hier, il ne restait pas grand chose à dire, si ce n'est que j'ai croisé sur ma route un lapin et une biche, ce qui est toujours agréable en dépit du côté Walt Disney du tableau.
Un des aspects du voyage que j'avais sous-estimé, est le déroulement des soirées. En partant seul à la campagne, je ne cherchais évidemment pas les folies nocturnes, et je me doutais bien que je serais fatigué, mais pas à ce point. Je tombe littéralement endormi vers 22h30, ce qui ne m'étais certainement plus arrivé depuis près de dix ans, exception faite de quelques jours de grippe. Résultat, je n'ai pas lu une ligne pour l'instant. À pédaler avec sa maison dans les jambes, on a pourtant vite fait de passer de la chambre à la bibliothèque, mais je crains que les deux livres que j'ai choisi de traîner (Le Mur invisible, de Marlen Haushofer, et Paris, mon pote, de Robert Giraud) ne passent la fin de la semaine au fond du sac.


Polythéisme
Je prie chaque soir et chaque matin les dieux du vélo, du camping et de la météo pour obtenir leurs faveurs. Or, si les divinités vélocipèdes sont pour l'instant d'une grande bonté, les deux autres sont pour le moins d'humeur changeante.
Ainsi, la journée était loin d'être bien entamée. D'abord, il a encore plu la nuit dernière, ce qui fait que ce que j'avais remis à sécher est à nouveau trempé.
Ensuite, l'un des deux arceaux qui soutiennent ma tente s'est brisé net dans la nuit, commençant du même coup à s'attaquer au toit, ô combien précieux par ces temps pluvieux. En voulant "tâter" un peu depuis l'extérieur pour mesurer l'ampleur des dégâts, je n'ai réussi qu'à libérer la tension qui demeurait dans l'arceau. Du coup, ce con a finit de trouer le toit avant de se planter dans mon index.
C'est officiel, il est neuf heures du matin, je n'ai plus d'endroit où dormir ce soir, et mon doigt pisse le sang. Après avoir avalé un gigantesque biscuit pour me remettre de ces émotions, je décide de prendre mon calme à deux mains par les cornes et de lever le camp. Direction, Bromont, à cinq kilomètres, où j'ai repéré hier un magasin de plein air qui devrait m'être utile.

















































En effet, j'y trouve un patch de nylon pour le toit, mais le vendeur ne peut rien pour l'arceau, n'ayant ni pièce de rechange, ni de quoi le réparer. Gentiment, il fait allusion à un homme qui pourrait faire ça, mais à Granby. "Mais allez quand même voir à la quincaillerie du village, des fois qu'y z'auraient un tube pour mettre par dessus avec du duct tape."
Bon, à la quincaillerie, le gars me propose un tuyau de quatre mètres de long qu'on pourrait "peut-être" recouper ensuite. Devant mon manque d'enthousiasme, il m'indique le magasin de plein air. "Ah bon, vous en venez. Ah, ben alors y faudrait aller voir à Granby, il y a un type qui."
Cet homme est donc le messie, mais à l'idée de refaire en sens inverse la vingtaine de kilomètres qui me séparent de Granby, je pouffe à peine.
Du coup, je m'assois à une terrasse de café qui passait par là et je commande du café, des œufs et des toasts, ce qui me coûte une fortune dans ce faux village suisse.


À Granby, j'arrive en plein pendant la "Fête des Mascottes". En gros, cela signifie que la rue principale est barrée pour laisser la place à une grande vente de trottoir, qu'arpentent des centaines de badauds et quelques étudiants sous-payés par les sponsors habituels, étouffant sous de ridicules costumes d'animaux en peluche.
Mais au bout de la rue, l'Homme est là. Il s'étonne mais comprend mon problème, et sans broncher répare ce maudit arceau en vingt minutes. Je l'aime éperdument. Comme je sais être reconnaissant, je lui paye même les vingt dollars qu'il demande, et j'en profite pour lui acheter une petite lanterne à bougies en paraffine, ce qui éclairera un peu mes soirées et réchauffera la tente.
Enfin, je sais que j'aurai un toit ce soir, et cet homme entre aussitôt aux panthéon de mes petites divinités, à côté des facteurs.


Toutes voiles dehors
Avec tout ça, il est quinze heures quand je reprends la route, et comme mon linge humide menace de pourrir au fond du sac, j'arrime serviette, slip et chaussettes sur les sacoches, et c'est toutes voiles dehors, avec un vent latéral sud-sud-est, que je mets enfin le cap sur Waterloo.
Pour ne pas reprendre la piste de l'Estriade pour la troisième fois en moins de vingt-quatre heures, je bifurque au nord sur la Granbyenne.
Celle-ci s'avère un bon choix, car elle traverse une bonne partie du parc national de la Yamaska, où la piste est superbe et amusante, toute en petites montées et descentes, serpentant entre lac et forêt. Malheureusement, elle finit par rattraper une autre piste, la Campagnarde, aussi chiante que son nom l'indique.


Sabre au clair, je charge enfin sur Waterloo, habité par cette vieille obsession d'en faire une victoire française. La ville tombe assez rapidement, malgré la résistance de quelques connards automobiles qui s'obstinent à vouloir me raser du plus près possible.
Peu après la sortie de la ville, la piste devient infernale, en poussière de pierre non tapée, le vélo trop lourd s'enlise, et en forçant comme un âne dans un raidillon cruel, je tombe lamentablement. C'était sans doute inévitable sur la durée du voyage et j'étais presque à l'arrêt, mais j'étais tout de même bien content qu'il n'y ait que les écureuils pour me voir. La queue basse, je rebrousse chemin jusqu'à la "vraie" route.


Enfin, poussé par le vent, j'arrive au camping de l'Estrie, dernier camp de base avant les sommets, familial et un peu kitch, mais où je suis très bien accueilli. En échange de quinze piastres canadiennes, on m'installe au 98, rang des Lièvres, ce à quoi je ne trouve rien à redire.


À la nuit tombée,
en espadrilles dans la rosée,
je ne crains pas de contempler les étoiles.










62 km, 23km/h de moyenne, 217 km depuis le départ.























Il a du vélo Boby
























Boby Lapointe en vélo. Une des rares photos de l'immense chanteur, et la preuve, si besoin était pour que vous me crûtes, que les gens bons de campagne vont en ville en vélo. C'est d'ailleurs à cela qu'on les reconnaît.







Voyage dans les Cantons de l'Est avec un bicycle

Jour 2

(mercredi 9 juillet)



I
l a plu toute la nuit, et bien sûr les affaires que j'avais laissées sur la corde sont trempées. Après avoir volé la moitié du papier essuie-mains du camping, je réussi à sécher grossièrement le toit de la tente entre deux averses. Je finissais tout juste d'arnacher mon vélo lorsque la pluie s'est remise à tomber. Après la canicule de la veille, la météo semble décidée à me pourrir mon voyage. Faute de solutions plus excitantes, je m'éloigne de l'abri relatif que m'offrait le couvert des arbres, et décide de me rendre jusqu'à Farnahm, dans l'espoir de trouver un café où déjeuner et patienter en attendant que le gros de la pluie soit passé.

Ce que la veille j'avais pris pour un petit café tranquille en passant rapidement, s'avère une fois à l'intérieur un restaurant prétentieux de panini sophistiqués. Qui plus est, je comprends qu'il n'est ouvert que depuis quelques jours et que tout ce que Farnahm compte d'employés de bureaux et de commerçants accourent pour apprécier la nouveauté.
Après deux heures d'angoisse passées à regarder tomber une pluie diluvienne, le soleil montre enfin le bout de son nez et je me précipite pour constater avec soulagement que les survêtements imperméables des sacoches se sont montrés héroïques.
Dix kilomètres environ après Farnahm, sur la partie de la Montérégiade qui doit me mener à Granby, un panneau "éducatif" sur la flore renseigne le passant de façon étonnante sur les chênes rouges:

"Les glands du chêne rouge sont une importante source de nourriture pour la faune, comme le savent les suisses, les écureuils, les ours noirs, les cerfs de Virginie et bien d'autres petits mammifères."

Un peu inquiet à l'idée de croiser un Suisse en quête de glands, je m'en tiens pour ma part aux barres granos.
L'étape d'aujourd'hui sera sans doute naine à comparer avec celle d'hier, mais je serai déjà bien content si je peux arriver à Waterloo ce soir en évitant les averses.

Dans l'abri en bois où je me suis arrêté pour écrire, une table, et sous la table, un préservatif usagé et une aile d'oiseau arrachée témoignent d'une activité sexuelle hors du commun.

Deux kilomètres plus loin, à peine. Autre averse, autre abri. Pour passer le temps, je regarde deux oiseaux, de la taille des martinets, avec le dos et le ventre jaune vif, et la tête et les ailes noires.
Aussi, je me brosse les dents pendant un temps infini. Ah! le confort du voyageur solitaire.

Finalement arrivé à Granby en passant entre les gouttes. Quelques kilomètres avant, la piste cesse d'être en poussière de cailloux et redevient asphaltée, ce dont je ne me plains pas, car les 10 km/h gagnés me permettent de rattraper un peu du temps que la pluie m'a fait perdre. Accessoirement, j'en profite pour larguer une mouche à chevreuil particulièrement coriace qui me poursuivait depuis près d'une demi-heure.

De Granby, où je me suis arrêté pour acheter de quoi manger ce soir et étudier la carte, je mets le cap sur Bromont, abandonnant l'idée d'aller jusqu'à Waterloo aujourd'hui.
Sur le bord de la piste, se trouve le camping que j'avais en ligne de mire, et dans lequel je tombe sur cette étonnante image d'un tipi à louer. L'endroit est d'autant plus étrange qu'il semble désert, et qu'il est tenu par un homme et sa vieille mère. Hitchockien, assurément, si ce n'est que la mère est bien vivante.




55 km, 20 km/h de moyenne.