Photos, livres, aventures.

Service à la clientèle




Jours et nuits, nos ingénieurs se relaient pour étudier courbes et diagrammes de fréquentation de ce site afin d'ajuster nos publications à votre goût!











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L'idée à liste au café


À Brive:

Le Majour et le Tryskell, pour tous les jours de lycée.

À Bordeaux:
Le Dijeaux, par flemme.
Le Café des Arts, pour afficher que, justement, on étudie en Arts.
Un ou deux autres encore dans le quartier Saint-Pierre mais dont j'ai oublié les noms.

À Paris:
Le Café de la Mairie, l'épuisant de la place Saint-Sulpice, celui de Perec et de tous les autres avant.
Le Cépage montmartrois, uniquement les dimanches après-midi, pour la terrasse en haut des escaliers.

À Montréal:
Le Porté Disparu, fermé depuis quelques années justement.
Le Club social italien, comme tout le monde.
Esperenza, la Salle d'attente ou la Pharmacie, quelque soit son nom, parce qu'on peut y rester quatre heures avec un café et faire la sieste dans les vieux canapés sans être réveillé.
Le Romolo, mon chalet d'hiver.


Mis bout à bout, j'ai sûrement dépensé plusieurs années de salaire, lu quelques milliers de pages et rêvé à des centaines de femmes(1) dans ces lieux de prédilections, qui me sont essentiels pour garder un certain équilibre.





(1) Mais sans en aborder aucune, ah!, les mystérieuses inconnues des cafés auxquelles on invente des vies.



Dix pages ou six mois

Encore dix pages et je rentre. Il faut avoir un but dans la vie, connaître ses limites aussi, enfin, c'est ce qu'on dit, et puis ça occupe. Depuis six mois que je viens tous les jours ou presque dans ce café, il faudra bien que ça cesse. Retourner au travail un jour, et puis l'autre café va bientôt rouvrir, ça fera changement.
Oui, mais ici on me connaît maintenant. Non pas que ce soit un exploit mais je suis content. C'est un peu mon bureau, mon salon aussi; d'ailleurs j'y reçois régulièrement. Il arrive même que certains de mes amis viennent m'y rejoindre sans rendez-vous.

On est en avril et il s'est remis à neiger, comme ça, pour rien, encore de la violence gratuite. H. dirait: "Tiens, une tempête!" Mais bon, n'exagérons pas.




Retours à la ligne





























C'était un soir d'hiver, en janvier. V. et moi nous étions levés tard et nous avions passé la journée à ne rien faire. Manger des crêpes, enlever la neige sur le balcon, lire un peu, faire l'amour.
V. s'est assise à son bureau et s'est mise à travailler. Pour tout vêtement, elle ne portait qu'une petite couverture blanche que sa mère lui avait offerte pour Noël et qu'elle avait nouée autour de sa taille.
Je me suis assis derrière elle dans le vieux fauteuil à bascule, celui des lectures et des siestes, que l'on avait acheté ensemble l'hiver précédent au bazar de l'église d'à côté.
Son dos était nu et je faisais semblant de lire. J'essayais bien mais n'y arrivais pas. Toute mon attention était captée par le mouvement de ses épaules tandis qu'elle tapait sur son clavier du bout de ses doigts supersoniques.
En approchant la main du radiateur pour me réchauffer, je me suis penché un peu au-dessus de l'accoudoir et j'ai fermé les yeux.
Le bruit des touches enfoncées à toute vitesse m'a renvoyé à mon enfance, lorsque mes parents vivaient encore ensemble. Pour gagner sa vie, mon père faisait des travaux d'édition et passait pour cela une bonne partie de ses journées (et de ses nuits) à défoncer le clavier d'une vieille machine à écrire.
N'ayant jamais pris de cours, il tirait une grande fierté de sa rapidité, bien qu'il n'ait jamais tapé qu'avec deux doigts, les deux index, ce qui lui permettait de fumer en même temps. L'odeur des Gauloises et le "cling" régulier que faisait la machine à la fin de chaque ligne avaient quelque chose de rassurant.
Pendant ce temps-là, ma mère préparait ses cours (dessous de main silencieux en buvard et tabac blond). Aujourd'hui encore ils corrigent mes fautes.
Mais ce soir-là, quand j'ai rouvert les yeux, toujours penché au-dessus du radiateur, mon regard s'est posé sur le sein de V. - enfin, celui que j'apercevais d'où j'étais - qui se balançait au rythme de son écriture.
Je suis resté immobile pendant plusieurs minutes, mon livre à moitié ouvert dans la main gauche, la droite oubliée en train de cuire sur le radiateur.
Tout en la regardant je me suis souvenu de la dactylo d'Hemingway dont parle Brautigan. J'ai pensé aussi que, décidément, j'aurais passé beaucoup de temps à entendre des gens que j'aime taper sur un clavier.
Elle s'est retournée et m'a demandé:
"- À quoi tu penses?
  - Oh, à rien."
   Alors elle s'est levée pour aller prendre un bain.



(janvier 2006-avril 2007)






Caporal













Q
uarante ans de Gauloises brunes, sans filtre,
le gros cendrier en verre sur le coin du bureau.
Le grand-père de certains était maréchal des logis,
moi, mon père c'est le Caporal des claviers.

La nuit ailleurs

















Parce que prendre le bus coûte cher et ne me dépose qu'à de trop longs intervalles en des lieux incertains où je ne voulais aller qu'à peu près, je me déplace en vélo autant que possible. Ce qui exclu tout de même les trois mois d'hiver. Du coup, pendant cette période je limite considérablement mes déplacements, ne franchissant qu'en de rares occasions les limites du quartier.
Mais le printemps. Mon vélo sous le bras, chevauchant mon fidèle appareil, voilà que je sillonne à nouveau la ville.
Enfin, j'en suis encore au tour de chauffe, mais bientôt j'en suis sûr je ne verrai plus la maison en me retournant.
En attendant d'avoir fait le plein d'images ensoleillées, et pour changer un peu des rues désertes de Montréal la nuit sous la neige, voici une photo plus ancienne.
Une rue, déserte, la nuit, mais où il faisait une chaleur à crever. C'était à Barcelone, en août 2001.




1 000 fois Millevaches


V
endredi, jour d'activité neuronale particulièrement limitée. En me promenant sur le blog d'un ami, je tombe sur une information absolument inutile, et qui pourtant me plaît.

Des gens qui ont sans doute encore plus de temps à perdre que moi (mais qui?), se sont amusés à compter que dans la région Limousin, d'où je viens, on recense 1,1 million de boeufs pour 750 000 habitants. Je n'aurais jamais cru qu'il puisse y avoir autant de monde dans nos campagnes.





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Tickets dans le tiroir







À printemps montréalais, manteau plus léger.
J'entre donc dans le Placard des Manteaux à la recherche de celui que j'avais à Paris lorsque j'y suis passé en décembre, et, c'est là tout le plaisir
de ressortir une veste ou manteau aux changements de saison, je me fais les poches.
Maigre résultat: vingt centimes d'euros, un stylo noir (avec une pointe extra-fine, les mêmes depuis des années), un ticket de métro (mauve).

Mais voyant le ticket, le doute m'assaille, et il me faut donc ouvrir le tiroir du bureau, y prendre l'ancien portefeuille et, parmi tous mes anciens (vrais) papiers de mon ancienne vie, atteindre la pochette spéciale "tickets de transports d'ailleurs". Là, une carte valable cinq jours du métro de Barcelonne, un ticket aller-retour du tramway de Prague et un ticket de transfert de Montréal. Paris m'étant devenu entre temps une ville étrangère et une destination de voyage, j'y ajoute le petit ticket mauve.






Barcelone, août 2001












Prague, décembre 2003








Montréal, janvier ou mars 2005







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Deuxième coup de Martinet



M
ais qu'est-ce que c'est, au juste, la grande vie?






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Idée à liste










J
e sors de chez moi, sous la pluie j'enfourche mon vélo et j'entends un cri. Un cri d'oiseau, enfin presque, un cri de mouette.

Du coup je me dis que, mine de rien, j'habite depuis dix ans dans des villes où l'on entend des mouettes (parfois sans les voir). Bordeaux, Paris, Montréal. Plus ça va, moins ça me paraît crédible, et pourtant.


Dix ans, donc, de villes à mouettes.
Dix ans moins six mois que je suis venu à Montréal pour la première fois.
Dix ans à peu près que je fais de la photo. Ou que je fais de la photo à peu près, c'est selon.
Dix ans au moins que je n'ai pas eu dix-neuf ans.
J'ai toujours aimé faire des listes inutiles.






Peur sur la ville

















(Parc Laurier, Montréal 2007)








Étrange impression que derrière les barbelés, dans la tempête, le feu ravage la ville.
Encore une image que ne choisira pas l'office du tourisme.




Le moineau par les cornes


Parfois les poètes peuvent être drôles, c'est ainsi. Pierre Peuchmaurd, que l'on n'hésitera pas à qualifier en passant de plus grand poète surréaliste vivant, n'est pas a priori un comique, mais il n'en n'a pas moins de l'humour, et même beaucoup, du noir, même si "(...) la plupart du temps nous nous contentons d'un humour gris".
Si il paraît assez régulièrement de ses nouveaux recueils de poésie, depuis quelques années apparaissent aussi quelques fois de petits ensembles d'aphorismes, que lui-même qualifie de "fatigues".
C'est dans cette série que vient de sortir Le Moineau par les cornes, aux éditions Pierre Mainard.


Extraits:

"Avoir une fille dans chaque pore, c'est vraiment l'avoir dans la peau."

"Les frappes chirurgicales se font sans anesthésie."

"Un médicament générique de fin."

"Juste avant, l'instant d'apprêt."

"Non seulement le paranoïaque a toujours raison, mais il a raison avant les autres."

"Dans ces "espaces culturels" qui fleurissent un peu partout en province, il est clair que c'est espace le mot important."

"Je m'en vais d'ici à regrets", dit-elle. Ça fait loin."

Et ainsi de suite.


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Le Moineau par les cornes, éditions Pierre Mainard, 2007.

Dans la même série de "Fatigues":
- À l'usage de Delphine, Montréal, éditions de l'Oie de Cravan, 1999.
- L'immaculée déception, L'Atelier de l'agneau, 2002.



Textiles en branches


















(Montréal, mars 2007)




Un vendredi soir comme un autre. En l'occurrence le dernier en date.

Roses trémières à Ronce-les-Bains


















(Port de La Tremblade, 1982)



Lu dans un livre aujourd'hui les mots "roses trémières", ce qui m'arrive rarement. Du coup je me souviens que ces fleurs m'ont un jour trahi.
Lorsque j'étais enfant, mes parents avaient une maison à La Tremblade, en Charente-Maritime, où nous allions passer toutes nos vacances. Les courses le matin, l'après-midi à la plage, souvent à Ronce-les-Bains. Je les revois s'ennuyant un peu dans l'eau peu profonde tandis que j'essayais de me faire des amis au Club Mickey. Pour limiter mes caprices, j'avais droit à trente francs d'argent de poche chaque mercredi que je dépensais le samedi matin au marché installé devant la caserne des pompiers.
Ma mère insistait toujours pour que l'on mange du poisson (je revois surtout de la soupe couleur rouille et la table de la cuisine qui me servit plus tard de bureau dans une autre maison). Heureusement, certains soirs nous allions dîner à la crêperie au bout du port, Chez Roberte.
Maintenant que je leur ai ouvert la porte, des tonnes de souvenirs me reviennent et s'engouffrent.
Mais, la trahison des roses trémières. Elles poussent partout dans cette région, avec leur faux air de papier crépon, jusqu'au petit bout de terre le long du mur de la maison, sauf que j'étais persuadé que l'on disait "crémières". Des roses crémières, pourquoi pas, il y a bien des pins parasols pour décorer les très grands cocktails. Mais non, s'apercevant un jour de mon erreur, ma mère voulut la corriger, me forçant à passer de "cre" à "tre" sans d'autre raison que le respect d'une orthographe que justement elle enseignait.
Amer à boire et truelle déception, chères roses crémières, je me souviens de vous.



Tempête du soir, espoir.



































Après le béton armé, voici le béton sans défense.
Non, en dépit de ce que je montre dans mes photos, il ne fait pas toujours nuit à Montréal, il n'y a pas non plus que des tempêtes de neige et les rues ne ressemblent pas toutes à une quelconque zone industrielle de Kaliningrad, mais les tempêtes modifient tellement la façon dont on voit les choses que je ne peux pas m'empêcher de m'y précipiter.




Le sacre du printemps

Photo Robert Doisneau, 1957.



Hostie tabarnak de criss de simonac! Ça fait deux fois cette semaine!






















électricités



















(quartier Mile-end, Montréal)


Ah! Le retour du printemps dans les câbles!




Marcel Schwob sous le vent







































Arpenter les librairies d'occasion et déambuler dans les rues pour faire des photos sont deux activités auxquelles je consacre beaucoup de temps, et elles ne sont pas sans rapport.
Dans un cas comme dans l'autre, on a beau suivre des pistes, avoir une vague idée de ce que l'on cherche, il faut bien accepter de rentrer souvent bredouille, de passer dix fois dans la même rue ou la même librairie avant de tomber sur la bonne lumière ou le livre inattendu.
Et, parfois, les deux se croisent. Ainsi l'autre jour étais-je sorti en quête d'images lorsque, passant devant une bonne librairie, j'y suis entré.
Heureuse idée car au sous-sol, dans le dernier rayon, se cachait le Voyage à Samoa de Marcel Schwob.

Trop souvent oublié malgré de fréquentes rééditions, l'auteur de Monelle et des Vies imaginaires n'en est pas moins un auteur essentiel de la fin du XIXème siècle. Touche-à-tout d'une rare érudition, journaliste, écrivain, il traduisit Stevenson, Shakespeare (Hamlet) et Defoe (Moll Flanders), correspondit avec l'auteur de L'Île au trésor jusqu'à sa mort aux Samoa, fut l'ami de Colette et de Mallarmé, et a dû forcer l'admiration d'Alfred Jarry puisque Ubu roi lui est dédié.
De santé fragile et fraîchement marié à l'actrice Marguerite Moreno, Schwob entreprend néanmoins en octobre 1901 de traverser mers et océans jusqu'aux îles Samoa sur les traces de Stevenson. C'est de ce voyage qu'il a tenu un journal, sous la forme de lettres adressées à sa femme d'escale en escale.

"Comment te dire le bleu profond de cette mer? C'est du saphir, mais du saphir vivant; c'est la couleur d'yeux de femmes qu'on n'a jamais vus, et qui sont transparents, mais insondables, d'une sorte de pureté à la fois solide et limpide, joyaux vifs uniques sous ce ciel bleu pâle et blanc de brume."
(en Méditerranée, au sud de la Crète)

Au cours des trois mois que dure le trajet vers Samoa, Schwob a été profondément choqué par le comportement vulgaire et raciste des Français à Djibouti, puis s'est émerveillé de la mer Rouge jusqu'à Ceylan, avant d'être rattrapé par la déception au large de l'Australie ("Cette mer est bien laide - et c'est la mer australe! Quelle désillusion!"). Il arrive ruiné par les aléas du voyage et terrassé par une pneumonie et par la fièvre, ce qui ne l'empêche pas d'écrire:

"30 décembre (1901)
(...) J'apprends diligemment le samoan et en deux jours je puis déjà causer un peu."

Mystérieusement, la figure de Stevenson n'apparaît qu'en filigrane tout au long du récit. Quant au retour de Schwob en France, il n'est qu'une longue convalescence au cours de laquelle il revient de loin plutôt deux fois qu'une.



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Le Voyage à Samoa a été réédité sous le titre Vers Samoa: lettres à Marguerite Moreno, aux éditions Ombres à Toulouse en 2002.
Sur Schwob, lire le magnifique et passionnant Marcel Schwob, l'homme au masque d'or, coédité par Le Promeneur et la Bibliothèque municipale de Nantes en 2006.




Nicoton























Ah! Vous vous en rappelez, c'était au XXème siècle, juste après le Moyen Âge; à l'époque les fumeurs n'étaient pas encore considérés comme des parias, et l'on avait à coeur leur santé... et leur élégance.