Photos, livres, aventures.

De l'art d'aller à l'essentiel

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En littérature plus encore que partout ailleurs, je cherche toujours la brièveté, préférant lire vingt-huit plaquettes plutôt qu'une grosse brique indigeste, fut elle passionnante.
Ce qui me rassure, c'est que Louis Scutenaire pense comme moi.
Ne trouve t'on pas dans ses inscriptions la quintessence de la critique littéraire?
Si.


"Les romans sont trop longs."



Voilà, tout est dit. C'était donc Louis Scutenaire, dans Mes inscriptions, 1943-1944, réédité par Allia fin 2007.





Histoire de l'oeil








(photo extraite d'Un chien andalou, de Luis Bunuel et Salvador Dali)






En tant que photographe, ou supposé tel, je me plais parfois à penser que j'ai un certain sens de l'observation, que d'un œil de lynx je repère instantanément le détail isolé dans le décor, que, subtilement, je remarque l'imperceptible variation de la lumière au passage du cumulus, et que la composition d'une image est décidément un jeu d'enfant. Mais je viens de m'apercevoir que je devrais peut-être reprendre certaines bases.

Tandis que, dans un mouvement de doute, je me penchais plus près qu'à l'accoutumée sur mon miroir, je remarquais l'autre jour la présence d'un petit trou dans le coin gauche de mon œil droit.
Horreur! Devais-je le boucher sur le champ avec un peu de plâtre? Allais-je me vider à mon insu de mes flux essentiels? Quelqu'un était-il déjà passé par là?
Ayant déjà relevé quelques cas étranges de symétrie dans la physionomie humaine, je fermais l'œil droit pour mieux me concentrer sur le gauche. Vérification faite, lui aussi semblait avoir été victime d'un coup d'aiguille à travers une serrure.
Sur le coup, j'en aurais pleuré, et c'est ainsi que je compris, que, contrairement à ce que je pensais depuis trente ans, l'eau ne nous déborde pas des yeux lorsque nous sommes émus ou aspergés de gaz lacrymogène. Il y a bel et bien un trou des larmes.

C'est ce qu'on appelle avoir le compas dans l'œil.






Du patriotisme appliqué au vent du nord


Si le mois de février est idéal pour faire de la luge sur la Montagne et marcher en raquettes dans les cimetières, c'est aussi le moment rêvé pour rester au chaud chez soi et s'attaquer aux piles de livres en retard.
Ne serait-il pas, par exemple, plus que temps de lire ces chroniques parues en 1877?

Avec son air polisson et sa moustache de mousquetaire, Hector Fabre fut un chroniqueur moderne de son temps, croquant non sans malice la société québécoise des années 1860 et 70, quelque part entre un Samuel Pepys hors de Londres et un Pierre Foglia sans vélo.

Or donc, à propos
du fanfaron Fabre et du frileux février, voici ce que le premier écrivit dans sa chronique du 19 février 1866, à propos de l'hiver.

"Notre climat atteint sa perfection lorsqu'il y a dix pieds de neige dans les champs et que les nez gèlent avant d'avoir le temps d'éternuer pour appeler au secours. Ceux qui alors regrettent l'ombre tant vantée des grands bois et le murmure des clairs ruisseaux, ne sont pas de bons Canadiens. Le froid perçant, la neige, le vent du nord, font partie de notre patrie, il les faut aimer; s'ils redoublent, il faut s'en frotter les mains, d'abord pour les réchauffer, ensuite en signe de réjouissance patriotique. Il n'y a vraiment que les âmes tièdes qui aient l'onglée aux doigts. L'homme qui aime ardemment son pays, n'y gèle jamais."


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Hector Fabre, Chroniques, paru à Québec en 1877 à l'imprimerie de l'Événement.
Montréal, éditions Boréal, coll. "Compact classique", 2007, 295 p., 12, 95$



Machine à louer























Selon certains grincheux, aujourd'hui, tout se vend.
Que l'on se rassure, on peut aussi louer n'importe quoi.







Montréal - Kaboul

















I
l paraît que c'est Montréal en hiver, mais il me semble que ça pourrait tout aussi bien être Kaboul. Les obsédés des accommodements raisonnables auraient-ils oublié de créer une sous commission climatique?











Histoires à dormir sans vous





















L'approche

"- Vous m'aimez donc vraiment? lui demanda-t-il.
Elle hésita avant de répondre.
Elle se maria avec un autre, eut un enfant, se lassa, divorça. Ensuite, elle se tourna vers lui.
- Oui, répondit-elle, pourquoi?"

Jacques Sternberg, in Histoires à dormir sans vous.



Des rencontres, avec des dizaines de femmes, toutes uniques à travers autant d'histoires, parfois très courtes et déroutantes, classées tout simplement par ordre alphabétique.
En dehors de la couverture ratée faite d'un dessin de Topor, et quelques répétitions inévitables dans ce genre d'exercice, il reste plusieurs bonnes raisons de lire le livre de Sternberg.



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Jacques Sternberg, Histoires à dormir sans vous, éditions Denoël, 1990, collection "Folio", 1993.