Photos, livres, aventures.

Soleil (cassé) couchant









L
e soleil s'est enfin posé un peu partout, jusqu'ici à Montréal où il commence à cogner dur. Du coup, on a moins de temps à passer devant son écran, les uns à lire, les autres à écrire, moi le premier. Tout ça est finalement assez ordinaire.
Cette période de l'année est aussi au Québec celle des ventes dites "de garage", où chacun vide ses armoires sur le trottoir en espérant se débarasser des vieilleries qui prennent la poussière.
Livres de poches décolorés, vases Ming en plastique, cadeaux des beaux-parents des Noël précédents, vêtements rongés aux mites et autres trésors que l'on achète à son voisin avant de les revendre à son tour quelques années plus tard en se demandant ce que l'on avait bien pu leur trouver alors.
Ce qui nous touche dans ces objets, c'est souvent le vrai-faux hasard qui les fait apparaître alors qu'on les cherchait plus ou moins consciemment, voire qu'on avait perdu tout espoir de mettre un jour la main dessus.
Chaque livre, dans les librairies d'occasion et les bibliothèques, est ainsi porteur d'une histoire. Comme celle-ci.

Ce matin, je recevais des nouvelles de la lointaine Europe, nouvelles plutôt tristes de mon soleil couchant de grand-père.
"Bon", me disais-je.
Sur ce, voilà que j'enfourche mon éternel vélo, car l'autre soleil m'attend, celui qui fait fondre la peau et qui donne le cancer aux glaciers.
Course folle sous les tropiques, maillot du meilleur grimpeur de trottoir, quand tout à coup, bondissant sur leurs tréteaux, deux caisses de livres entrent dans le paysage et traversent le trottoir. Freinage, crissement de pneus, arrêt obligatoire.
Épuration d'une bibliothèque plus toute jeune, pas mal de livres des années soixante, plutôt les moins bons titres d'auteurs de second plan.
Bac numéro un: rien.
Bac numéro deux: Soleil cassé.
Soleil cassé, dans l'édition de poche de 1975, c'est un livre de mon grand-père, du temps de sa vigueur et de ses colères légendaires. Ce livre, je ne l'ai jamais lu et je n'en ai même pas un exemplaire. Honte au carré. Pour un dollar, je m'offre donc un pan de mémoire familiale, trente-quatre ans après les faits, cinq mille cinq cents kilomètres à l'ouest, et malgré tout dans ma rue.



1 commentaire:

Myriam a dit…

Quel bonheur, ces mots...
Merci Antoine.