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Haïr la bêtise






D
epuis deux jours que je me sens enveloppé d'un nuage de misanthropie hargneuse sans comprendre vraiment le pourquoi du comment, je m'étais replié comme souvent en pareilles occasions vers quelques valeurs sûres: augmentation du nombre de cigarettes par jour et d'heures de sommeil par nuit, avec, entre les deux, relecture de textes de Pierre Desproges. Deux le matin avant d'aller travailler, six ou sept avant de se coucher, à éviter entre les repas.

En l'occurrence, Les Chroniques de la haine ordinaire, dans lesquelles l'intelligence vive et lumineuse de Desproges, alliée à son humour féroce et à sa hargne de teckel enragé mordant au passage les mollets de la bêtise en marche, font des ravages dans les rangs des journalistes obscènes, artistes concupiscents, supporteurs haineux suants de bière tiède et autres hommes politiques.
Certes, l'actualité commentée dans ces chroniques commence à dater un peu -1986 quand même - encore faut-il se souvenir des glorieuses années Tatcher-Reagan-Tchernobyl-petit Gregory-montée du Front National, mais le fond de sa pensée et sa noirceur ravageuse n'ont pas pris une ride.
On ne peut que regretter qu'il ne soit pas là aujourd'hui pour continuer de nous faire part de sa haine de la bêtise et de la médiocrité, tous horizons confondus. La mondialisation, internet, les blogs, Sarkozy, les J.O. de Pékin, les bus au colza, les tsunamis, les altermondialistes, etc. Autant de sujets en or pour Monsieur Cyclopède.

J'en étais là de mes réflexions, m'apprêtant à louer une de ces cabanes en rondins au bord de la baie d'Hudson dont on nous vante les vertus depuis si longtemps, lorsque je fus frappé par la foudre.
Depuis deux jours, la médiocrité généralisée m'entraîne plus bas que terre.
Depuis deux jours, je m'auto-médicamente à coups de Desproges.
Or, je viens de réaliser qu'il y a deux jours, et vingt ans exactement, mourrait Pierre Desproges.

Étonnant, non?









3 commentaires:

Anne Marbrun a dit…

Ah ! cher Pierre Déproges, comme tu nous manques.
Antoine, tu devais avoir 6 ou 7 ans quand tu regardais avec nous La Minute de Monsieur Cyclopède.
Rien ne se perd.

olivier a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
olivier a dit…

Je me souviens -comme dit Perec- de la mort de Desproges. Je venais de le voir en spectacle et l'écoutais depuis des années, si bien que le lendemain, à ma grande surprise, je reçus des lettres d'amis et des témoignages d'affection de proches, comme si j'avais perdu mon père.
Olivier Chevillard-Hervy