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Voyage dans les Cantons de l'Est avec un bicycle

Jour 2

(mercredi 9 juillet)



I
l a plu toute la nuit, et bien sûr les affaires que j'avais laissées sur la corde sont trempées. Après avoir volé la moitié du papier essuie-mains du camping, je réussi à sécher grossièrement le toit de la tente entre deux averses. Je finissais tout juste d'arnacher mon vélo lorsque la pluie s'est remise à tomber. Après la canicule de la veille, la météo semble décidée à me pourrir mon voyage. Faute de solutions plus excitantes, je m'éloigne de l'abri relatif que m'offrait le couvert des arbres, et décide de me rendre jusqu'à Farnahm, dans l'espoir de trouver un café où déjeuner et patienter en attendant que le gros de la pluie soit passé.

Ce que la veille j'avais pris pour un petit café tranquille en passant rapidement, s'avère une fois à l'intérieur un restaurant prétentieux de panini sophistiqués. Qui plus est, je comprends qu'il n'est ouvert que depuis quelques jours et que tout ce que Farnahm compte d'employés de bureaux et de commerçants accourent pour apprécier la nouveauté.
Après deux heures d'angoisse passées à regarder tomber une pluie diluvienne, le soleil montre enfin le bout de son nez et je me précipite pour constater avec soulagement que les survêtements imperméables des sacoches se sont montrés héroïques.
Dix kilomètres environ après Farnahm, sur la partie de la Montérégiade qui doit me mener à Granby, un panneau "éducatif" sur la flore renseigne le passant de façon étonnante sur les chênes rouges:

"Les glands du chêne rouge sont une importante source de nourriture pour la faune, comme le savent les suisses, les écureuils, les ours noirs, les cerfs de Virginie et bien d'autres petits mammifères."

Un peu inquiet à l'idée de croiser un Suisse en quête de glands, je m'en tiens pour ma part aux barres granos.
L'étape d'aujourd'hui sera sans doute naine à comparer avec celle d'hier, mais je serai déjà bien content si je peux arriver à Waterloo ce soir en évitant les averses.

Dans l'abri en bois où je me suis arrêté pour écrire, une table, et sous la table, un préservatif usagé et une aile d'oiseau arrachée témoignent d'une activité sexuelle hors du commun.

Deux kilomètres plus loin, à peine. Autre averse, autre abri. Pour passer le temps, je regarde deux oiseaux, de la taille des martinets, avec le dos et le ventre jaune vif, et la tête et les ailes noires.
Aussi, je me brosse les dents pendant un temps infini. Ah! le confort du voyageur solitaire.

Finalement arrivé à Granby en passant entre les gouttes. Quelques kilomètres avant, la piste cesse d'être en poussière de cailloux et redevient asphaltée, ce dont je ne me plains pas, car les 10 km/h gagnés me permettent de rattraper un peu du temps que la pluie m'a fait perdre. Accessoirement, j'en profite pour larguer une mouche à chevreuil particulièrement coriace qui me poursuivait depuis près d'une demi-heure.

De Granby, où je me suis arrêté pour acheter de quoi manger ce soir et étudier la carte, je mets le cap sur Bromont, abandonnant l'idée d'aller jusqu'à Waterloo aujourd'hui.
Sur le bord de la piste, se trouve le camping que j'avais en ligne de mire, et dans lequel je tombe sur cette étonnante image d'un tipi à louer. L'endroit est d'autant plus étrange qu'il semble désert, et qu'il est tenu par un homme et sa vieille mère. Hitchockien, assurément, si ce n'est que la mère est bien vivante.




55 km, 20 km/h de moyenne.


















3 commentaires:

th a dit…

Seulement le deuxième jour, et déjà s’avancent des rongeurs helvètes en quête de glands, un tipi (Hedren) hitchcockien, la vie sexuelle turpide des sous-bois... Que nous réservent les prochains carrefours ?
Special request : nous autres amateurs de plans aimerions disposer d’une carte sur laquelle serait reporté ton itinéraire. C’est faisable ?

antoine peuchmaurd a dit…

Justement j'y pensais. Et hop! hop! C'est fait.

th a dit…

Extra. Merci.